Le licenciement pour motifs économiques
Le licenciement économique se distingue du licenciement "classique" en ce sens qu'il ne tient pas à la personne du salarié.
Dans cette hypothèse, l'employeur n'a théoriquement pas de reproches à formuler à l'encontre de son salarié : celui-ci n'a commis aucune faute.
Ce sont donc des circonstances extérieures qui amènent un employeur à mettre un terme à un ou plusieurs contrats de travail et à se séparer d'un ou plusieurs salariés.
Ces circonstances extérieures sont des difficultés économiques ou des mutations technologiques.
ATTENTION : ces motifs doivent être réels et sérieux.
Dans le cas contraire, le salarié peut contester les motifs devant le conseil des prud'hommes et demander réparation.
Les motifs économiques invoqués sont :
- la suppression d'emploi : le poste du salarié est supprimé et
l'employeur ne compte pas le remplacer (cela est généralement
le cas lorsque l'entreprise rencontre des difficultés économiques
ne lui permettant plus de conserver son niveau d'emploi)
- la modification substantielle du contrat de travail : horaires, lieu de travail,
poste de travail, baisse de salaire ;
- la mutation technologique : inadaptation du salarié ou manque de qualification
de celui-ci au regard des nouvelles technologies ;
- refus de reclassement du salarié.
L'obligation
de reclassement :
Le licenciement d'un employé ne peut intervenir qu'à la seule
condition que l'employeur ait démontré avoir répondu aux
exigences suivantes :
- un effort d'adaptation et de formation ;
- le reclassement dans les emplois de même catégorie ;
- le reclassement dans un emploi de catégorie inférieure, sous
réserve de l'accord exprès du salarié ;
- le reclassement dans l'entreprise ou dans le groupe, propositions d'offres
précises et écrites.
Le licenciement économique individuel.
L'employeur a tout
d'abord l'obligation de respecter l'ordre des licenciements selon certains critères
:
- soit par la convention collective ou l'accord d'entreprise,
- soit, en l'absence de dispositions conventionnelles, par lui-même après
consultation du Comité d'entreprise.
Ces critères prennent en compte :
- les charges de famille et en particulier celles des parents isolés,
- les qualités professionnelles des salariés au regard des catégories
professionnelles,
- la situation des salariés présentant des caractéristiques
sociales rendant leur réinsertion professionnelle difficile.
- l'ancienneté de service dans l'entreprise.
Dans le cas d'un licenciement
individuel, l'employeur doit :
- convoquer le salarié par lettre recommandée avec AR ou par lettre
remise en main propre contre décharge, à un entretien préalable
de licenciement au cours duquel le salarié peut se faire assister,
- respecter un délai de 5 jours ouvrables entre la remise de la lettre
et l'entretien,
- expliquer au salarié, durant l'entretien, les raisons qui le poussent
à le licencier, lui faire des propositions de reclassement, lui proposer
des formations et lui proposer obligatoirement une convention de reclassement,
- informer la direction départementale de l'emploi dans les 8 jours qui
suivent l'envoi des lettres au salarié.
Le licenciement collectif de 2 à 9 salariés.
Le licenciement de 2 à 9 salariés sur une période de 30 jours impose à l'employeur le respect des règles de procédure particulière : consultation des représentants du personnel, ordre des licenciements, entretien préalable, information de le DDTEFP... L'employeur doit aussi chercher à reclasser les salariés dont le licenciement est envisagé.
Le licenciement collectif de 10 salariés et plus.
Dans les entreprises
de moins de 50 salariés :
- un plan social devra être obligatoirement élaboré pour
les entreprises de plus de 50 salariés ;
- l'employeur doit informer et consulter le comité d'entreprise ou les
représentants du personnel pour les informer des mesures de licenciement
envisagées et en exposer les motifs. Lors de ces réunions, les
salariés seront informés des éventuelles mesures de reclassement,
de formation ou de réaménagement du temps de travail proposées
par l'entreprise ainsi que la possibilité d'adhérer à une
convention de conversion ;
- organiser deux réunions, avec les délégués du
personnel, à 14 jours d'intervalle, afin qu'ils émettent un avis
sur la procédure en cours et les mesures envisagées ;
- après la consultation du CE, l'employeur doit informer l'administration
du travail de son projet de licenciement qui vérifiera la caractère
sérieux du licenciement ainsi que le respect des règles de procédure
par l'employeur.
- après en avoir informé l'administration, l'employeur devra notifier
les licenciements à chaque salarié par lettre recommandée
avec AR.
Dans les entreprises de plus de 50 salariés :
- le comité d'entreprise est consulté, au cours des deux réunions,
sur les licenciements projetés et sur le plan de sauvegarde de l'emploi
que l'employeur doit établir et mettre en oeuvre. Le délai entre
les deux réunions varie selon l'importance des licenciements :
- de 10 à 99 licenciements : 14 jours ;
- de 100 à 249 licenciements : 21 jours ;
- 250 licenciements et plus : 28 jours.
Lors de ces réunions,
le comité d'entreprise est informé sur :
- le ou les motifs économiques de licenciement ;
- le nombre de salariés de l'établissement ;
- le nombre de salariés dont le licenciement est envisagé ;
- les catégories professionnelles concernées et les critères
pour établir l'ordre des licenciements ;
- le calendrier prévisionnel des licenciements.
La notification du licenciement.
L'employeur envoie la lettre de licenciement en recommandé avec AR. L'envoi
ne peut avoir lieu moins de 7 jours ouvrables pour un salarié non-cadre
et 15 jours ouvrables pour un cadre, à compter de la date pour laquelle
le salarié a été convoqué à l'entretien préalable.
La date de rupture du contrat est celle de la fin du préavis, qu'il soit
effectué ou non.
La lettre de licenciement doit mentionner :
- de façon précise, les motifs économiques ou de changements
technologiques invoqués ;
- la proposition de reclassement ;
- l'existence d'une priorité de réembauche si le salarié
manifeste sa volonté d'en user, par écrit, dans un délai
d'un an à compter de la rupture du contrat.
Lorsque le licenciement touche un salarié protégé (délégué du personnel, membre du comité d'entreprise, délégué syndical...), l'employeur doit, en outre, obtenir une autorisation de l'inspecteur du travail.
Le préavis commence le jour de la première présentation de la lettre de notification, que le salarié en accuse réception ou non. Sa durée est d'un mois si le salarié a entre 6 mois et 2 ans d'ancienneté et de 2 mois s'il est dans l'entreprise depuis 2 ans ou plus.
La convention de reclassement personnalisée (CRP).
Les entreprises non soumises aux dispositions relatives au congé de reclassement, c'est-à-dire celles de moins de 1 000 salariés et celles en redressement judiciaire, quelle que soit leur taille, sont tenues de proposer une convention de reclassement personnalisée aux salariés dont le licenciement pour motif économique est envisagé.
Quels sont les salariés concernés ?
Peuvent bénéficier
d'une convention de reclassement personnalisé les salariés :
- justifiant d'au moins 2 ans d'ancienneté,
- justifiant des périodes d'affiliation requises pour avoir droit à
l'allocation d'aide au retour à l'emploi,
- physiquement aptes à l'emploi,
- résidant sur le territoire relevant du champ d'application du régime
d'assurance chômage.
Le salarié licencié pour motif économique bénéficie d'une priorité de réembauchage d'un an, s'il en fait la demande dans l'année suivant la date de rupture de son contrat de travail. L'employeur est tenu pendant ce délai de proposer au salarié tout emploi disponible et compatible avec sa qualification.
Les indemnités de licenciement.
Les indemnités
de licenciement varient selon l'ancienneté du salarié :
- si le salarié travaille dans l'entreprise depuis moins de 10 ans, elles
sont égales à 2/10 ème de mois de salaire par année
d'ancienneté ;
- si le salarié est dans l'entreprise depuis plus de 10 ans, elles sont
égales à 2/10 ème de mois de salaire par année d'ancienneté,
majorés de 2/15 ème de mois de salaire pour chaque année
au-dessus de 10 ans.
L'indemnité légale de licenciement est doublée en cas de
licenciement pour motif économique.
A qui s'adresser pour contester une décision de licenciement économique ?
Seul le conseil de
prud'hommes est compétent pour trancher les litiges en matière
de licenciement pour motif économique. Il lui appartient de contrôler
le caractère économique du motif invoqué pour justifier
les licenciements. Les organisations syndicales peuvent, sauf si le salarié
s'y oppose, exercer en justice toute action relative au licenciement pour motif
économique.